Comment gérer les égos de tes joueurs après un match ?

Etre entraîneur n’est pas une mission de tout repos. Entre la préparation des entraînements, la gestion et la préparation des matches, les compos d’équipe sans cesse remises en question, les systèmes de jeu synonymes parfois de véritable casse-tête... entraîner une équipe nécessite d’avoir une force de caractère et une adaptabilité à toute épreuve.

D’autant que la nouvelle génération, avec des joueurs qui deviennent de plus en plus individualistes, est de plus en plus complexe à gérer dans ce sport collectif.

C’est toujours très instructif pour un coach de laisser traîner l’oreille dans le vestiaire après une défaite, tu vas comprendre pourquoi.

Tu es jeune entraîneur ou expérimenté, et tu as besoin de conseils pour gérer les égos et les réactions de tes joueurs après un match ? Tu es au bon endroit !

Après une VICTOIRE

   

“J’ai pas marqué ou pas fait un bon match…”

Quand tu gagnes, certains joueurs font la tête parce qu’ils n’ont pas marqué ou pas fait un bon match. En ayant ce raisonnement, le constat est plutôt clair en ce qui les concerne : leurs intérêts personnels passent avant l’intérêt du groupe.

En tant que coach, sois bien attentif à ce type de comportements pour ne pas qu’ils gangrènent le groupe et finissent par agacer sérieusement tes autres joueurs.

 

“ Je suis pas rentré…”

Celui qui n’est pas rentré ou très peu durant le match est bien souvent mécontent, cela va de soi, car s’il est normalement constitué, en tant que joueur il a envie d’avoir du temps de jeu.

Comment gérer cette réaction en tant qu'entraineur ? Simplement, en lui disant que c’est légitime de ne pas être content, mais qu’à un moment donné tu auras besoin de lui. Si ce n’était pas à ce match-là, ce sera à un autre match, peut-être le prochain d’ailleurs. Tout l’enjeu va donc être d’associer ce joueur à la victoire et donc au groupe, en l’impliquant bien dans le projet.

Il faut être très attentif dans le discours, car il n’y a rien de pire que de laisser un joueur cogiter trop longtemps.

 

“J’ai fait un très gros match…”

Tu as aussi celui qui a fait un super match, qui a clairement été le meilleur sur le terrain, et qui fanfaronne bien comme il faut dans le vestiaire.

La bonne réaction à adopter en ce qui te concerne : lui dire qu’il a été très bon mais le recadrer gentiment pour bien lui faire comprendre qu’une saison c’est 36 matches et pas qu’un seul, qu’il y a un match qui arrive semaine prochaine et qu’il devra réitérer cette belle prestation.

Gare à la prise de melon après la victoire ! Ne pas s’enflammer, c’est le mot d’ordre.

Il est essentiel de bien recontextualiser les victoires, les savourer certes, mais bien les mesurer. Si tu joues le titre, que tu as 6 points d’avance, attention au relâchement et aux célébrations trop festives, on ne s’enflamme pas.

 

En résumé, tu l’auras compris, c’est dans la victoire que les caractères individualistes ressortent le plus.

Après une DEFAITE

“On a perdu, mais c’est pas de ma faute, moi j’ai fait un bon match”

Quand l’un de tes joueurs ose dire ça après un match perdu, il se déresponsabilise totalement, il est même dans ce qu’on appelle en psychologie, le déni. La bonne méthode à adopter : le recadrer sans attendre, vis-à-vis des autres joueurs qui se sont battus autant que lui sur le terrain.

 

“On a perdu 3-2, mais j’ai mis 2 buts”

ou dans le même genre : “Moi je m’en fous j’ai gagné 2-1 MOI” dixit le joueur qui est sorti alors que son équipe menait 2-1, et qu’au final elle perd 3-2.

Soit c’est dit avec humour, soit il le pense vraiment. Dans tous les cas, il ne faut pas laisser passer ce type de comportements. Devant tout le groupe, tu mets un coup de silence dans le vestiaire, tu le reprends tout de suite, et tu le mets face à ses propos.

 

“Je m’en fous j’ai pas joué, et si j’avais été sur le terrain on n’aurait pas perdu…”

En tant que coach, tu peux comprendre son comportement car tu as été toi-même joueur. La meilleure chose à faire dans ce cas précis, c’est de lui dire individuellement qu’il a le droit de penser qu’il aurait pu changer l’issue du match, mais de le garder pour lui.

Et là tu lui sors la phrase magique pour rebooster tout remplaçant ou tout joueur qui est écarté du groupe : “Tu penses que tu vis une injustice en ne jouant pas ? Alors fais-moi mentir en étant bon aux entraînements”.

Au final, c’est une réaction d’orgueil mal placé mais dans le fond logique quand tu es compétiteur.

 

“On a perdu, vous avez déconné parce que j’avais besoin de la prime de match”

Celui-là, disons-le clairement, il se fout complètement de gagner ou de perdre, il ne joue que pour l’argent. Et c’est très mal vu par ses coéquipiers.

En tant qu'entraineur, tu dois le recadrer direct vis à vis du groupe pour ne pas que les autres joueurs soient impactés. Il va de toute façon s’exclure tout seul.

 

Tu as aussi les petits groupes de mécontents pour une raison X ou Y qui s’allient pour dire que “le coach est mauvais, que certains joueurs n’ont rien à faire là…”.

Comment gérer ce cas ? Réunir tout le groupe au décrassage sur le terrain ou dans le vestiaire, pour faire en sorte que tout le monde se dise les choses en face. Bien souvent, tu cours à la catastrophe si tu as un groupe moyen.

 

“Je mériterais de jouer à sa place, je suis meilleur que lui…”

En bref, celui qui critique le joueur titulaire au même poste.

Une variante de ce cas-là : celui qui sait qu’il n’a pas de concurrence sur son poste, et qu’il va jouer de toute façon le match d’après, même s’il n’a pas été performant et a perdu.

Là encore il faut que tu sois vigilant, soit en lui mettant de la concurrence en recrutant un joueur de qualité, soit en le mettant remplaçant une fois pour le piquer un peu.

Retiens bien : toujours démarrer par le dialogue, puis les actes.

Car tu le sais, la clé, c’est le dialogue. Parler à ses joueurs, ne pas les juger, comprendre pourquoi ils réagissent de telle ou telle manière. Parfois, c’est juste pour se faire “mousser” auprès des autres.

Tu peux aussi t’appuyer sur tes joueurs-cadres pour prêcher la bonne parole au sein du groupe, qui parleront à leurs coéquipiers dans le vestiaire ou au quotidien. L’objectif c’est qu’ils soient tes relais  pour que ce ne soit pas toujours toi qui aille en frontal.

Ensuite, pense à toujours trouver le positif en tant qu'entraineur. Même quand tu as des choses négatives à exprimer, finis toujours par un mot positif, pour que la dynamique reste ancrée dans le vestiaire. C’est à toi de trouver les solutions en priorité, mais en parlant avec tes joueurs car eux aussi ont des réponses, et peuvent trouver la solution.

 

En tant que coach, tu te dois d’être bien plus qu’un entraîneur, tu dois savoir ce qu’il se passe en dehors du terrain, être à l’écoute de tes joueurs. S’ils ont des problèmes personnels, familiaux, les écouter, les aider, si besoin les mettre sur le côté pendant 2 ou 3 matches ou au contraire, en fonction de leur caractère, les faire jouer car leur échappatoire étant le foot, ils vont tout donner sur le terrain.

Tu dois par ailleurs composer avec les différents caractères de tes joueurs.

Il y a ceux qui sont tout le temps à fond, parfois trop, donc ton rôle sera de les tempérer pour obtenir le meilleur d’eux-mêmes.

Il y a au contraire les introvertis qu’il ne faut pas flageller devant le groupe en cas de problème de comportement. Il est préférable de leur parler autrement, au travers d’entretiens individuels.

Il y a enfin ceux qu’il faut sans cesse aller chercher et motiver car ils fonctionnent comme ça, c’est dans leur nature d’être boostés et accompagnés en permanence.

 

C’est ce qui rend le métier d’entraîneur difficile, savoir gérer individuellement ses joueurs, adapter sa pédagogie aux différents caractères. Car en réalité, une équipe, ce sont des groupes de fonctionnement, avec des grappes de joueurs qui se constituent en fonction de leurs affinités.

 

Cet article a été co-rédigé avec :

david duquesnoy
David DUQUESNOY, éducateur KIPSTADIUM et responsable KIPSTA ACADEMIE :

J’ai commencé le foot à 5 ans au stade Béthunois. J’ai ensuite intégré le RC Lens à l’âge de 10 ans, où j’ai fait toutes mes catégories jeunes jusqu’à 22 ans. J’ai connu un titre de champion de France en 14 ans avec Lens, et l’équipe de France en U15/U16.

J’ai quitté le RC Lens à 22 ans pour jouer en National. Entre deux, j’ai passé mes diplômes d’entraîneur tout en continuant à jouer au foot. J’ai pris la catégorie U12 du Racing Club de Lens en tant qu’éducateur pendant un an, puis j’ai entraîné les U15 Elite en Belgique. J’ai joué 6 ans en Belgique en D1 et D2.

J’ai fini à Tourcoing en CFA 2 tout en continuant à valider mes diplômes d’éducateur (brevet d’état football, brevet d’état sport pour tous, diplôme universitaire en préparation mentale, master spécialiste en sophrologie et relaxation, validation des acquis éducateur spécialisé). Cela fait maintenant une dizaine d’années que je suis éducateur.

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